Publié par Guy Pineau pour acrimed.org
Médias critiques, les radios et télévisions associatives se présentent souvent comme un Tiers secteur de l’audiovisuel
« Tiers secteur » : sans doute, cette appellation vient-elle d’une référence, lointaine, au Tiers-État du XVIIIe siècle qui, en opposition à la noblesse et au clergé va jouer le rôle que l’on sait dans la Révolution française avant de s’investir de façon conflictuelle dans la construction du système social, politique et économique jusqu’à aujourd’hui. De façon plus récente, ce courant se situe en référence actuelle, au tiers secteur situé à l’intersection de l’économie sociale, de l’économie solidaire et d’un désir de s’exprimer (c’est-à-dire de ne plus être exclus) par/à travers des médias. D’où viennent-ils ? Où en sont-ils ?
L’idée d’un secteur de la communication (et pas seulement de l’audiovisuel) s’est exprimée pour l’une des premières fois en 1988 à l’occasion d’un séminaire des États généraux de la culture [1]. En mai 2001, les premiers Etats Généraux du Tiers Secteur Audiovisuel (TSA) se sont tenus à Tours sur la base d’un appel au gouvernement et au CSA lancé par plus d’une centaine de structures associatives. À cette occasion, le TSA demandait aux pouvoirs publics de s’engager dans la défense de la liberté d’expression, d’information et de création audiovisuelles en soutenant clairement le développement des chaînes de télévision et des collectifs de production non commerciaux, solidaires et sans but lucratif. Cet engagement appelait de ses vœux la création rapide d’un Fonds de Soutien à l’expression audiovisuelle citoyenne, et l’obligation faite aux opérateurs commerciaux du câble, du satellite et de l’hertzien de transporter gratuitement les télévisions libres. « Il s’agissait de restituer à la société civile la part de l’espace hertzien qui lui revient de droit, puisque cet espace constitue un bien public inaliénable » [2].
Dans cette mouvance, nous retrouvons le mouvement des radios et des télévisions associatives. Par la suite, à travers ce qui a été quelquefois appelée la convergence, la question d’autres médias alternatifs, Internet (avec le développement rapide de l’ADSL) notamment a rejoint le champ qui nous préoccupe [3]
Il ne s’agit pas de mythifier le courant des médias alternatifs (comme le local peut être sacralisé par certains courants militants) qui, en lui-même et sans examen plus avant, serait porteur de toutes les valeurs libératrices dans une perspective de critique des médias et de la domination. Il s’agit plutôt d’analyser et de prendre en compte son apport à cette critique en acte à laquelle il contribue depuis plus d’une trentaine d’années.
Ces deux médias alternatifs (radio et télévision) sont dans des positions différentes (mobilisation militante, reconnaissance, développement, mode d’intervention de politique publique), résultant de luttes et de périodes politiques différenciées.
I. Le mouvement des radios associatives [4]
Après la première radio associative, Radio-Campus près de Lille en 1969, il a fallu attendre la fin des années soixante-dix pour voir le mouvement démarrer avec une certaine ampleur.
Bref historique
D’abord illégales, les « radios libres » vont être reconnues par la loi, après l’arrivée de la gauche au pouvoir, d’abord en novembre 1981, en vertu d’une dérogation au monopole, qui autorise les radios locales privées, limitées dans leur puissance émettrice. Elles sont interdites de publicité, mais la loi prévoit une caisse de péréquation (alimentée par un pourcentage sur les recettes publicitaires de la radio-tv) aux bénéfices des associations titulaires des autorisations.
Si 350 radios pirates sont identifiées par TDF en France (dont une centaine à Paris) au début des années 80, près de 1000 radios locales privées vont éclore après novembre1981. La loi du 29 juillet 1982 (avec la fin du monopole de programmation) confirme les dispositions adoptées l’année précédente. Ce texte permettra une avancée du secteur associatif (sans but lucratif), mais il permettra aussi « aux coquins et aux malins » (à but très lucratif) d’avancer leur stratégie commerciale. En l’absence d’un modèle économique alternatif non commercial, les associatifs accueilleront, nécessité faisant loi, assez favorablement la loi de 1984 autorisant la publicité limitée pour les radios associatives locales ; sans limites pour les radios qui deviennent officiellement commerciales.