source: festival-avignon.com

Jean Vilar est lui-même le premier conscient que ce rituel risque aussi de se changer en routine. D'autres personnalités du théâtre s'affirment également en France. Enfin, le directeur du TNP est las de cumuler des fonctions écrasantes ; il quitte le palais de Chaillot, en 1963, pour se consacrer au Festival d'Avignon, qu'il soumet à une interrogation incessante.
l invite d'autres metteurs en scène : Roger Planchon, Jorge Lavelli, Antoine Bourseiller. De nouveaux espaces scéniques sont nés, le Cloître des Carmes en 1967, le Cloître des Célestins en 1968. Il ouvre le Festival à d'autres disciplines artistiques : la danse dès 1966, avec Maurice Béjart et Le Ballet du XXe siècle ; le cinéma en 1967 avec la projection en avant-première de La Chinoise de Jean-Luc Godard dans la Cour ; le théâtre musical enfin, avec Orden mise en scène par Jorge Lavelli. Le public continue de grossir, et la ville est envahie.
Dès lors, le Festival est plus difficile à maîtriser. De nouvelles générations en témoignent. Ainsi en 1968, Jean Vilar est-il dans la tourmente. La vague de la révolte étudiante de mai 1968 atteint le Festival et conteste son père fondateur. La confusion des esprits est à son comble et Jean Vilar, pourtant si ouvert au dialogue avec la jeunesse, en souffrira irrémédiablement. Il est emporté par une crise cardiaque en 1971.
C’est Paul Puaux, témoin et acteur de l’aventure, qui poursuit l'entreprise Vilar.
Pendant les années soixante-dix, la Cour d'honneur est confiée aux hérauts de la décentralisation, les héritiers du TNP vilarien : Georges Wilson, Antoine Bourseiller, Marcel Maréchal, Gabriel Garran, Guy Rétoré, Benno Besson, Otomar Krejca. Cloîtres et chapelles sont devenus d'autres lieux d'aventure ; une autre esthétique s’affirme avec des partis pris nouveaux comme Einstein on the Beach de Bob Wilson, Méphisto d’Ariane Mnouchkine, La Conférence des oiseaux de Peter Brook ou encore les Molière d’Antoine Vitez. ; Lucien Attoun, critique militant, propose son Théâtre Ouvert où, dès 1971, de jeunes metteurs en scène (Jean-Pierre Vincent, Bruno Bayen, Jacques Lassalle) mettent en espace, avec peu de moyens, des textes contemporains (Rezvani, Rufus, Gatti…), avant de proposer le "Gueuloir" où les auteurs eux-mêmes sont invités à présenter leurs textes.
La Chartreuse de Villeneuve lez Avignon, ancien monastère du XIVe siècle, situé de l’autre côté du Rhône, trouve une nouvelle vocation et devient le Centre international de recherches de création et d’animation (CIRCA) ; lieu de résidence pour les artistes (dont Cunningham en 1976), elle organise aussi des expositions, des concerts et propose chaque été dans le cadre du festival, des Rencontres internationales.
Parallèlement au Festival, s'est créé un hors festival : le "off", regroupement épars de compagnies d’abord locales (André Benedetto, Gerard Gélas) puis de jeunes équipes venues des quatre coins de France (Gildas Bourdet, Bernard Sobel…) désireuses de toucher le public du Festival. Sans pour autant avoir été sélectionnées et invitées par la direction du Festival, elles veulent participer à ce qui devient la grande fête estivale du théâtre, rendez-vous incontournable des professionnels et du public amateur de théâtre.